Femmes empêchées - Leïla Zerhouni

Femmes empêchées - Leïla Zerhouni

15,00 €Prix
Roman, 2022

128pages
15,00 EUR
ISBN : 978-2-8070-0317-0 (livre imprimé) – 978-2-8070-0318-7 (PDF) – 978-2-8070-0319-4 (EPUB)
 

Dans un petit village ardennais, Ania, née sous X, grandit dans l’odeur du bon pain de sa mère adoptive. Grâce à son amour pour la littérature, elle se lie d’amitié avec madame Kéra, libraire fraîchement débarquée au village. Au Petit Bazar, prisé par les amateurs de chocolat, d’art et de poésie, elle rencontre Niko, jeune journaliste militant, et Yasmine, l’amie venue du Sud, amoureuse de mille saveurs. Accompagnée de ces personnages et taraudée par sa quête d’identité, Ania parviendra-t-elle à comprendre sa mère, à comprendre ces femmes qui ne peuvent aller au bout de leur maternité ? Parviendra-t-elle à comprendre celles que le père de Yasmine – gynécologue algérien assassiné par des fanatiques pour l’aide qu’il leur apportait – nommait pudiquement les « femmes empêchées » ?

 

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Madame Kéra n’avait jamais témoigné d’une quelconque ferveur religieuse, c’est pourquoi le discours prononcé fut sobre et plutôt de nature philosophique. L’orateur souligna le rôle culturel et social qu’elle avait joué au sein du village et rappela la lumière apportée par les mots dans une civilisation qu’il qualifia de « décadente » et de « noyée sous le flot abrutissant des écrans ». Il ne résista pas au plaisir de citer son poète préféré, Achille Chavée : « Il est bien superflu de raconter sa vie, il serait plus vain encore de la recommencer. » Du dernier rang jaillit un fou rire réprimé non sans peine, sans doute dû à la tension nerveuse. À la fin du discours, une chanson d’Anne Sylvestre amplifia les émotions et plus d’un villageois se surprit à essuyer une larme. Nombre d’entre eux avaient tenu à rendre un dernier hommage à cette grande dame, mais la plus affectée fut sans conteste la jeune Ania Loiret. À son chagrin se mêlait une rancœur dont elle n’était pas encore parvenue à se départir. Oui, elle avait aimé madame Kéra d’un amour sincère. Oui, elle avait chéri leur amitié, dégusté ses paroles, suivi ses conseils avec avidité, patience, humilité. Oui, elle devait bien le concéder : elle éprouvait encore une certaine forme de gratitude en dépit de ce qui avait pu se passer. Et pourtant, elle lui en voulait encore, elle lui en voulait tellement.