L’Avenue, la Kasbah - Daniel Soil

L’Avenue, la Kasbah - Daniel Soil

15,00 €Prix

Roman, septembre 2019
160 pages
ISBN 978-2-8070-0207-4 (livre) – 978-2-8070-0208-1 (PDF) – 978-2-8070-0209-8 (ePub)
15,00 EUR (livre) – 8,99 EUR (e-books)
 

Elie, jeune cinéaste belge venu tourner en Tunisie, y rencontre Alyssa, une enseignante. Les barrières culturelles qui brident leur amour naissant – lequel s’exprime et se développe sur Facebook – volent en éclats avec la Révolution de 2011, dans laquelle tous deux s’engagent. Sur fond de l’opéra « Didon et Énée », nous suivons parallèlement l’évolution de leur amour et celle de la situation politique, manifestations, mobilisation des jeunes et des moins jeunes, libération de la parole, jusqu’à la chute de la dictature et l’avènement d’un espoir de démocratie qui signent la fin de l’une et de l’autre.
« Comme cela se produit quelquefois, c’est le regard d’un étranger de passage, tombé amoureux du pays et de ses habitants, qui va dire le premier que la révolution, suprême transgression de l’ordre social, réintroduit l’amour, le possible et l’improbable, avec la poésie qui remplit le cœur de ceux qui se battent pour changer la vie. » (Gilbert Naccache, extrait de la préface).

 

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Paraît qu’il n’y a plus de pâtes, plus de riz. Il nous reste le soleil coutumier, offrant ses rayons festifs à nos corps fourbus, et la fréquentation d’un peuple uni, ivre de bravoure, de force retrouvée. Le délice de pouvoir murmurer à l’oreille d’Elie, connaître la douceur de nos jambes quand elles se frôlent, croiser son regard, caresser ses lèvres du doigt. Je découvre sa chambre, le lit, la table, qui me donne l’idée de me glisser dessous, face à lui quand il travaillera, venir le distraire, lui mon cinéaste lutin et juvénile. Se rappelle-t-il le jour où – c’était il y a trois semaines, une autre époque ! – nous nous tenions par la taille dans la médina ? Un type en kamis nous a accostés : « Un peu de tenue tout de même, vous êtes au pied d’une mosquée ! ». Ah bon, ai-je répondu, eh bien on va y entrer pour s’aimer loin des regards indiscrets, merci de nous donner l’idée ! Nous ne l’avons pas fait, ce n’est pas possible, Elie n’est pas musulman, mais j’étais tellement ulcérée par l’attitude de mon coreligionnaire incapable de voir ce qu’il y avait de pur dans notre proximité que j’ai entraîné Elie vers un lieu relevant de son monde à lui, l’église anglicane, rue Mongi Slim, où nous n’avons eu aucun mal à entrer, moi portée par une curiosité pour tout ce qui requiert mon amoureux. Les lieux sacrés – lieux de paix, lieux d’amour – nous conviennent, c’est sûr, alors soyons successivement soufis et protestants ! Assis sur un banc au milieu du temple, face à une croix toute simple, découvrant la maxime inscrite en lettres d’or sur un médaillon, May the Lord hold you in the hollow of His Hand, nous nous sommes embrassés et ce baiser se révéla plus fort encore que d’habitude. Et comme souvent, Elie a ponctué d’un rauque Aïn sbaâ, « source de la panthère. ».