Le Pont de la Honte - Zilhad KLJUČANIN

Le Pont de la Honte - Zilhad KLJUČANIN

16,00 €Prix
Roman
Parution 15 février 2016

176 pages
ISBN: 978-2-8070-0081-0
16,00 EUR

Titre original : "Vodeni zagrljaj", Bosanska Riječ
Traduit du bosniaque par Gérard Adam

S*, un faubourg au nombre immuable d’habitants. Faubourg qui, faute d’un pont, jamais ne deviendra ville.
C’est là que la belle Ezi décide de perdre sa virginité avec Poète Zeri, avant de s’en aller à Paris où elle deviendra la plus célèbre danseuse du Crazy Horse Saloon, à la grande honte de ses ex-concitoyens.
Mais pourquoi la rivière refuse-t-elle avec une telle rage de se laisser enjamber par un pont ?
Pourquoi, nuit après nuit, un pleur d’enfant en émane-t-il ?
Et quel est le secret si ténébreux de la naissance d’Ezi ?
À la prière de celle-ci, Poète Zeri se lance dans une enquête auprès de tous ceux qui détiennent une part du mystère, Professeur Muli, O Sole Mio, la devineresse Gagi…


Un roman dont la profondeur est en permanent filigrane dans la légèreté caractéristique et les pirouettes de composition de cet auteur inclassable.

 

Lien de l'ebook

La rivière divisait S* comme la raie du cul. Raie par ailleurs étrange : à droite l’opulence, à gauche une excroissance morte. À droite, s’était plus ou moins développé ce qu’on peut appeler une petite ville ; à gauche, c’était resté le faubourg séculaire. Il y avait là quelque chose de vaguement diabolique.
IL Y A
quelque diablerie dans le fait que le faubourg ait toujours eu le même nombre de maisons, le même nombre d’habitants. Comme si, TOUT SIMPLEMENT, on n’y accouchait pas. Comme une pauvre fille attendant que se fasse connaître le père de son enfant : éternellement elle attend mais jamais il ne vient au monde. Évidemment, des enfants, il en naissait dans le faubourg, mais le même jour quelqu’un mourait : quelque vieux, ou même un jeune, si ce n’est la mère au cours de l’accouchement. Les balances de la vie et de la mort équilibraient leurs fléaux. Et tous s’y résignaient. Et tous savaient pourquoi.
EN OUTRE
les guerres peuvent bouleverser, on le sait, elles détruisent les équilibres. Encore que, pour le faubourg de la petite ville de S*, même les guerres ne se déroulaient pas comme dans le reste du monde. On tue quelques vieillards, on brûle quelques maisons, de ces vieillards qui de toute façon ne peuvent pas respirer sans une bouffée de la fumée de leur maison, quelques jeunes seront emmenés, l’un reviendra, l’autre sera condamné à une quête séculaire – et – c’est cela : le faubourg est vide, un hiver gèle toutes les toiles d’araignées si bien qu’elles ressemblent à d’étincelantes décorations de foire au premier soleil du printemps, un printemps qui ensuite décompose quelque poutre, le seuil de la maison grince sous le pas qui viendra avec le dernier souffle printanier – et – c’est cela, vraiment cela : pénètrent dans les maisons les rescapés du faubourg de la petite ville de S*, le nombre de pas, en fait, n’est pas le même qu’avant la guerre, les enfants nés durant l’exode sont encore dans les bras, il y en a juste le nombre pour que, OBLIGATOIREMENT, les balances de la vie et de la mort équilibrent leurs fléaux. Comme si, pour aller au diable, ils étaient sortis de cette RAIE de la rivière.